L’Empire des Signaux !
Comment quelques capitaines d'industrie ont racheté notre incertitude.
Le monde bouge !
Rien de nouveau sous le soleil. Quoique.
On peut observer que bon nombre de services que nous jugeons essentiels aujourd’hui sont détenus par une poignée d’hommes et de femmes.
L’information était auparavant détenue par ce que l’on appelait communément des Magnats de la presse.
Ils possédaient des groupes de presse composés principalement de journaux imprimés.
Les États contrôlaient les médiums, comme la télévision et la radio.
Les chaînes nationales distillaient les informations qui leur semblaient bonnes de communiquer.
Les premières radios libres et les chaînes de télévision privées sont apparues avec une certaine forme de libéralisation.
La CNIL regarde de haut ce qui est diffusé sur l’ensemble de ces canaux.
Avec l’arrivée de l’internet, nous sommes passés du modèle “one to many” à celui du “many to many”.
Les réseaux sociaux ont renforcé cette propagation de la parole libre.
Tout le monde parle à tout le monde au travers de plateformes, sites internet, réseaux sociaux sans quasi plus aucune retenue.
Mais ce qui a changé, c’est qu’aujourd’hui, ce débridage est contenu par des entrepreneurs mondiaux.
Les réseaux sociaux sont entrés dans les moindres interstices de nos vies avec une perte de contrôle de nos gouvernants.
“Nous avons créé une civilisation de l’information, mais nous avons oublié comment être informés par le silence.”
Paul Virilio
Nos vies privées et professionnelles sont enregistrées sur des data centers dans les mains d’une poignée d’entrepreneurs.
S’ils décident un jour de couper le fil, nous nous retrouverons dans le brouillard sans plus un papier pour attester de quoi que ce soit.
L’administration cherche à numériser autant que possible pour fluidifier, ou non, une paperasse de plus en plus complexe.
Nos souvenirs sont faits de pixels, nos musiques se louent et notre bonne vieille télévision se regarde en replay.
La radio passe de moins en moins par les ondes pour être transportée par la lumière.
Notre accès à tous ces “bits and bytes” se fait via des providers.
Ils sont encore pour un temps le point d’entrée vers nos mondes numériques.
Hier nationaux, voire régionaux, ils deviennent mondiaux pour assurer une continuité de l’utilisation.
Et bientôt, une nuée de satellites nous connectera directement sans plus passer par une forêt d’antennes.
Le ciel n'est plus un espace à contempler, mais un réseau à administrer.
Ce glissement amène à une électrification de plus en plus intense de nos modes de communication.
La mobilité, qui favorise également cet échange, s’électrifie de plus en plus.
Le marché de l’automobile électrique, qui semblait anodin il y a quelques années, commence doucement à devenir une norme.
On passe par une hybridation pour que le choc industriel ne soit pas trop violent.
Toutes ces nouvelles générations de transport individuel sont de plus en plus connectées.
Alors que Google monopolise la cartographie, chaque constructeur développe son interface ou fait appel à des “car play”.
L’autonomisation de la voiture apparaît comme l’électrification il y a une dizaine d’années.
Géniale et décriée, elle s’immisce ville après ville, pays après pays dans notre mobilité quotidienne.
Imperceptibles ou flagrantes, nous l’adoptons sans trop en avoir le choix.
Le métro s’automatise doucement sans que nous nous en rendions compte.
Le progrès est une main de fer dans un gant de velours algorithmique.
L’intelligence générative devient également une norme.
Très peu de “players” la maîtrise, quoique.
On peut les compter sur les doigts d’une main.
La bataille fait rage et les morts se compteront sur le champ de bataille.
Ils sont eux-mêmes sous l’emprise de constructeurs, voire d’un seul, de cartes graphiques et de chipsets.
Nous déléguons notre capacité rédactive à une Ai comme nous l’avons fait pour le calcul à l’apparition de la calculatrice.
Est-ce bien ou mal, l’avenir nous le dira.
Des agents d’intelligence artificielle de toutes sortes débarquent pour nous aider ou nous remplacer dans l’optimisation de notre productivité.
Une première plateforme sociale a vu le jour dans laquelle des agents parlent entre eux sans que nous ayons à intervenir.
L'homme est un roseau pensant, mais il semble de plus en plus pressé de déléguer la pensée au roseau.
Toute cette numérisation de notre vie demande une abondance d’énergie et d’eau pour assurer une réponse instantanée à toutes nos interactions.
Les grands acteurs comme Google ou Microsoft ont leurs propres centrales électriques ou trouvent des arrangements avec des producteurs proches pour s’assurer que leurs data centers seront toujours alimentés.
Proches de cours d’eau, ils refroidissent à grands frais la surchauffe du passage de données.
D’autres envisagent de créer des mégas centres de données dans l’espace.
Il fait froid et les panneaux solaires sont plus efficaces pour capter directement les rayons du soleil.
La transmission par laser fera le reste pour optimiser le va-et-vient de données.
Pour cela, il faudra lancer de plus en plus de matériel dans l’espace pour construire cette nouvelle industrie.
Les lanceurs “récupérables” sont manipulés par un ou deux acteurs.
Nous colonisons le vide pour combler celui que nous avons en nous.
Et nous, nous regardons nos vidéos dans nos voitures autonomes biberonnées à une énergie décarbonée ou pas.
On se demande qui de Chatgpt, de Claude ou de Gemini deviendra la seule référence pour de l’Ai qui ne semble pas si bon marché.
Nos ordinateurs et téléphones deviennent plus chers, car la mémoire vive devient rare.
De grands centres de données se construisent comme des lego dans des régions qui sont déjà en déficit d’eau.
Nos moteurs de recherche deviennent des agents avec lesquels on discute comme avec un “professeur” sans trop se poser de questions sur la qualité de ses réponses.
Avec de l’appréhension, nous nous extasions quand nous nous retrouvons dans une voiture qui prend le contrôle avec ou sans chauffeur de secours.
Le monde change imperceptiblement, mais rapidement.
Nous ne sommes pas les clients de ces empires, nous sommes leur paysage. Ils ne nous vendent pas des produits, ils achètent notre prédictibilité.
Mais la vraie course à l’échalote n’est peut-être pas celle à laquelle on pense.
Sans bien comprendre cette mutation, mais en jouissant de petits plaisirs dopaminiques, nous ne voyons pas ce qui se passe.
Et pourtant, nous ne pouvons pas le rater.
Quelques grands capitaines domptent de grands pans vitaux de nos vies.
La mobilité, la robotique, le lancement de satellites, la couverture internet spatiale, l’information, l’intelligence générative sont sous la coupole d’Elon.
Amazon pilote le commerce, la distribution, l’aérospatiale et les data centers.
Google favorise nos échanges d’email, la création de contenus par de l’AI, la gestion de nos vidéos, le stockage de nos données, l’automatisation de nos taxis.
Il produit sa propre énergie et sa gamme de téléphones.
Il investit également dans la santé et l’informatique quantique.
Microsoft, lui, domine la bureautique depuis deux dizaines d’années.
Le stockage de data et la gestion de clients soutiennent sa croissance.
Linkedin et Xbox, couplé à Blizzard, sont des branches qui sont toutes aussi porteuses que le reste.
Et il n’est pas en reste dans cette course à l’Ai.
Apple fluidifie notre vie avec des objets connectés au design léché.
Les empires d’autrefois érigeaient des cathédrales pour toucher le ciel ; ceux d’aujourd’hui construisent des nuages pour posséder nos silences.
Leur valeur dépasse le PIB annuel de pays comme l’Inde ou le Royaume-Uni.
Apple pèse plus lourd que l’économie entière de la France.
Google "vaut" environ autant que le PIB de l'Allemagne (la 3e économie mondiale).
Quand nous envoyons un mail ou que nous passons un appel téléphonique, nous ne sommes pas conscients du pouvoir que ces actions anodines peuvent avoir.
Au fond, ce transfert de pouvoir vers une poignée d’élites numériques n’est que la énième tentative de l’Humanité pour s’acheter une boussole dans le brouillard de l’existence.
Comme nous l’avons vu dans nos précédentes éditions sur le striatum et notre besoin viscéral de contrôle, nous adorons les systèmes qui nous promettent le risque zéro.
Mais la bonne nouvelle, c’est que l’incertitude est aussi le terreau de la créativité.
Si nos données sont dans le Cloud, notre capacité d’émerveillement, elle, reste bien ancrée au sol.
Cette concentration technologique libère paradoxalement du temps pour ce qui ne se numérise pas : l’imprévu, la rencontre fortuite, ou le simple plaisir de ne rien faire du tout.
Comme le suggérait cette idée du “Gai désespoir” évoquée précédemment, une fois qu’on accepte que tout ne puisse être maîtrisé, on devient enfin libre de profiter du voyage.
Le monde bouge, les géants trônent, mais le joystick de votre curiosité reste encore entre vos mains.
Et ça, aucune mise à jour logicielle ne pourra nous l’enlever.
Au fait, tu as vu le dernier épisode ?
Amusement.



