Extinction de poste.
Quand le serpent se mord la queue.
Elon nous dit depuis un certain temps que le travail va disparaître.
Les robots vont dans un avenir plus ou moins proche nous remplacer.
Le lave-vaisselle nous a déchargés d’une vaisselle ennuyeuse, les robots vont bientôt les remplir et les vider.
Programmé pour en faire le moins possible, cela rentre parfaitement dans ce que nous appelons le progrès.
Aujourd’hui, avant d’arriver dans un monde où la mobilité sera disponible au travers d’une app, que dis-je, d’un bouton grâce auquel nous commanderons notre moyen de locomotion, nous utilisons l’Ai avec le secret dessein qu’elle fasse le boulot à notre place.
Les jeunes qui sortent des universités, ou pas, les yeux pleins d’étoiles ne sont plus intéressants pour les employeurs.
Comme je vous l’écrivais dans “The Gap”, une génération complète sera mise au placard, car les LLM vont faire leur boulot.
Les chauffeurs de taxi ou d’Uber devront s’accrocher à leur volant, car, demain, ils ne seront plus là pour vous faire la causette.
“Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin." Voltaire
Imaginons que dans un avenir proche le travail ne soit plus nécessaire.
Nos deux nations, lraa France et la Belgique, cousines dans la bureaucratie et la philosophie de la complexité, partagent un modèle social que le monde entier leur envie.
Leurs gouvernements prélèvent des impôts, des cotisations sociales et diverses taxes sur notre travail pour assurer leur bon fonctionnement.
La somme des encaissements finance les hôpitaux, les écoles, les services sociaux, les infrastructures et encore bon nombre de choses.
Tout cela se construit sur une base simple, presque naïve : nous travaillons, l'État prélève, l'État redistribue.
Ces millions de petits ruisseaux de prélèvements font les grandes rivières de notre État-providence.
Mais demain, si les robots font le boulot...
Qui paiera les cotisations ?
“Dans ce monde, rien n’est certain, sauf la mort et les impôts.”
Benjamin Franklin
Je vois d’ici les millions de Cortex cingulaires qui clignotent face à cette implosion de nos modes d’existence.
Elon a une réponse, évidemment.
D'ici dix à vingt ans, le travail sera facultatif.
Comme un hobby.
Comme cultiver ses légumes dans son jardin.
Vous pouvez le faire. Mais vous n'êtes pas obligés.
Disruptif comme discours, non ?
Lui, qui dormait sur le sol de ses usines d’un blanc immaculé, a changé d’avis après avoir travaillé des semaines de 120 heures.
Belle évolution.
L’Ai et la robotique sont les seuls moyens pour rendre tout le monde riche.
Dans cette société post-travail, un revenu universel couvrirait les dépenses de base (logement, alimentation, énergie) éliminant la nécessité d’un emploi salarié pour survivre.
Un revenu universel élevé, pas un SMIC.
Ce qui pour lui est la nuance entre survivre et vivre.
“L’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé.”
Théodore Monod
Revenons à nos deux nations cousines et à leur modèle si envié.
Si l’humain est remplacé par un robot ou un agent, qui a priori travailleraient gratuitement, qui va payer la “secu” et les impôts ?
Qui générerait la richesse due au travail pour faire tourner nos économies capitalistiques ?
Si les robots font le travail, les robots devraient logiquement payer les cotisations.
Les États garantiraient un niveau de vie universel plutôt qu’un simple filet de sécurité.
Et des entreprises maîtrisant la robotique et les agents deviendraient des acteurs quasi souverains, contrôlant les infrastructures essentielles.
En d’autres mots : celui qui possède les robots et les agents possède l’avenir.
Mais, théoriquement, dans nos démocraties, c’est l’Etat, mis en place par le peuple qui dirige nos nations.
"La propriété, c'est le vol."
Pierre-Joseph Proudhon
Le serpent se mord la queue ou un cercle vertueux se profile à l’horizon.
Et nous, dans tout ça ?
Rappelons-nous notre striatum, ce petit noyau cérébral programmé pour obtenir du plaisir immédiat et en faire le moins possible.
Lui, il adore ce scénario.
Ne plus se lever à six heures trente dans le noir pour attraper un bus qui sent le lundi matin ?
Formidable.
Jouer, créer, se promener, cultiver ses légumes comme Elon le suggère ?
Parfait.
Mais souvenons-nous de ce que nous explorions dans “I’m Sorry Dave“ : quand tout est fait à notre place, que reste-t-il de nous ?
Et dans “The Gap“ : une génération entière, privée de l’expérience du premier emploi raté, du stage humiliant, de la réunion où l’on ne sait pas quoi dire.
Ces moments où l’on se forme par frottement avec le réel.
Dans une société où le travail a structuré l’organisation sociale pendant des millénaires, que deviendront les notions de contribution, de reconnaissance sociale et d’accomplissement personnel ?
Le modèle du travail-loisir suffira-t-il à combler ce vide existentiel ?
“Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.”
Friedrich Nietzsche
Sauf si on ne nous laisse jamais la chance de tituber.
L’incertitude, est-elle notre dernière richesse.
Au fond, la promesse d’un monde sans travail obligatoire est la promesse d’un monde sans une certaine forme d’incertitude.
Plus d’angoisse des embouteillages du lundi matin.
Plus de peur du licenciement.
Plus d’incertitude sur le paiement du loyer en fin de mois.
Et c’est précisément là que le projet devient quelque peu caduc.
Parce que l’incertitude, contre laquelle nous nous battons depuis le premier numéro de cette newsletter, depuis “Peur de rien“ jusqu’ici, n’est pas seulement notre ennemie.
Elle est la condition de notre curiosité.
Elle est le moteur de nos rencontres, de nos inventions, de nos récits.
Elle est ce qui nous force à nous parler, à nous organiser, à nous faire confiance.
Un monde entièrement sécurisé, entièrement prévisible, entièrement délégué à des robots ... c’est un monde où notre humanité n’aurait plus vraiment d’utilité fonctionnelle.
Et un être humain sans utilité finit toujours par en chercher une.
Parfois de manière très créative.
Parfois de manière très dangereuse.
“L’homme est condamné à être libre.”
Jean-Paul Sartre
Même si Elon préférerait qu’il soit condamné à être confortable.
D’ici dix à vingt ans, travailler sera facultatif. Comme un hobby.
Peut-être.
Mais entre la promesse et la réalité, il y a toujours ce petit espace inconfortable que nous connaissons bien.
Cette zone de flou, d’attente, d’espoir et d’angoisse mêlés.
Ce moment suspendu entre ce qu’on nous a promis et ce qui arrive vraiment.
Nous l’appelons l’incertitude.
Certains l’appellent la vie.
Et toi, tu ferais quoi de tes journées si tu n’avais plus à travailler ?
Amusement.




C’est tellement vertigineux que notre petit cerveau humain ( le mien en tous cas) a du mal à imaginer concrètement ce monde-là! Mais c’est très intéressant. Merci pour ce partage!