La pyramide du freemium.
Le nouveau fossé ne se voit pas. Il se "scroll".
Depuis toujours, nous avons un monde qui vit à deux vitesses.
Celle des avertis, des informés, des privilèges qui évoluent en ayant la capacité de “jongler” avec les éléments en leur possession.
L'éducation, le carnet d'adresses, le bagage intellectuel, autant de passes VIP que certains ont reçus sans avoir eu à faire la queue.
Les besoins primaires définis par Maslow et sa fameuse pyramide sont comblés.
D’autres suivent le mouvement ou ont délibérément décidé de ne pas le suivre.
La volonté peut compenser un déficit de diplôme, mais c’est avec beaucoup de travail qu’ils y arrivent.
Des dichotomies apparaissent au cours des siècles basées sur le statut social, la richesse, l‘accès à l’éducation.
L’illettrisme toujours présent est remplacé par l’incapacité à comprendre le monde numérique et, par conséquent, la difficulté à le maîtriser.
Cette rupture se fait sentir de plus en plus quand tout passe par un écran.
L’angle générationnel joue un rôle comme toujours.
Les plus âgés sont connectés grâce à leurs petits-enfants.
"Le propre de la civilisation, c'est de donner à tous les avantages que les privilégiés se réservaient autrefois."
Anatole France
Aujourd’hui, un nouveau champ de distorsion apparaît.
L’intelligence artificielle s’immisce rapidement dans tous les aspects de notre vie.
Sa gratuité a fait que plus d’un milliard d’humains l’ont au bout du bras ou de la langue.
On l’interroge pour un devoir, une recette de Waterzooi, ou pour faire une comparaison sur le meilleur rapport qualité/prix d’un micro-ondes.
Elle remplace ce bon vieux moteur de recherche.
Les data centers tournent à plein régime en consommant de l’énergie et de l’eau.
Quel beau progrès !
Elle vous parle comme si c’était votre amie.
Et si vous l’utilisez bien, elle apportera plus de nuance et de pertinence dans ses réponses.
Mais on peut observer que la plupart des utilisateurs n’ont pas connaissance de sa puissance.
La fonction de base répond aux besoins de monsieur tout le monde.
"Une machine peut faire le travail de cinquante hommes ordinaires. Aucune machine ne peut faire le travail d'un homme extraordinaire."
Elbert Hubbard
Mais ce qui est gratuit deviendra demain un produit premium.
Les Gemini, OpenAi, Anthropic, Xai et autres ne pourront pas offrir une telle richesse sur du long terme.
OpenAi brûle de l’argent sans compter.
Ses revenus semblent ridicules quand on voit le delta qui se forme entre les dépenses et les recettes.
Et tout le monde ne se préoccupe absolument pas de cette réalité.
On jouit de cette nouvelle technologie sans se demander si on l’utilise correctement ou à bon escient.
Ce qui est accessible deviendra inaccessible.
Et ce qui le restera devra être monnayé d’une autre manière.
Un nouveau fossé numérique va se creuser entre ceux qui pourront se payer ces services et ceux qui devront se contenter de deux requêtes avant de passer au forfait supérieur.
"Internet est devenu la première chose que l'humanité a construite sans la comprendre."
Eric Schmidt
Une autre réalité pourrait apparaître.
La bonne vieille recette de la pub.
Imaginez demain que votre discussion soit entrecoupée de bandeaux publicitaires ciblés.
Ou pire, que vous deviez d’abord subir un spot publicitaire avant de recevoir votre réponse.
L’étape suivante serait de faire du placement de produit.
Imaginez une Ai qui, au détour d’une réponse sur votre fatigue, glisse subtilement le nom d’une boisson énergisante.
Pas une pub. Juste une “recommandation”.
La nuance est subtile. L’intention, elle, ne l’est pas.
Votre striatum sera déjà en train de saliver à l’idée de recevoir une bonne dose de sucre.
“La publicité est l’art de convaincre les gens de dépenser de l’argent qu’ils n’ont pas pour acheter des choses dont ils n’ont pas besoin.”
Will Rogers
Chatgpt, le lowcost du LLM pourrait suivre le chemin de Facebook.
Le tout gratuit, mais truffé de pubs.
Et on acceptera. Parce qu’on accepte toujours quand ça ne vous coûte rien.
On a accepté les cookies. On a accepté d’entraîner des systèmes de reconnaissance d’images. On a accepté que nos photos de vacances deviennent la propriété d’une plateforme. On a accepté d’avoir des pubs qui clignotent sur nos pages d’infos.
Pourquoi ferions-nous autrement avec l’Ai ?
Comme je vous l’expliquais dans “le fond de la classe est prié de se taire”, un LLM qui vous donnera l’illusion de répondre à vos questions deviendra votre meilleur compagnon.
Et comme il est le premier, notre fainéantise ne nous poussera pas à trouver mieux.
On ne sera plus illettré parce qu'on ne sait pas lire. Mais parce qu'on ne sait plus pourquoi.
Ce sera celui qui lit sans se demander pourquoi on lui donne envie de lire ça.
Le sens critique disparaîtra pour laisser place à une nouvelle forme de réalité.
"Le danger n'est pas que l'ordinateur commence à penser comme l'homme, mais que l'homme commence à penser comme l'ordinateur."
Sydney Harris
La fracture de demain ne sera pas entre riches et pauvres, entre jeunes et vieux, entre connectés et déconnectés.
Elle sera entre ceux qui comprennent les règles du jeu et ceux qui croient encore qu’il n’y en a pas.
Entre ceux qui savent poser une bonne question à une Ai et ceux qui avalent la réponse comme on avalait autrefois le journal télévisé de 20h.
Entre ceux qui paient pour avoir une Ai sans pub et ceux qui, sans le savoir, sont la pub.
La pyramide de Maslow a survécu aux siècles.
Elle survivra à l’Ai.
Sauf qu’à son sommet, là où l’on avait mis “la réalisation de soi”, l’on risque bientôt de trouver autre chose.
“Maîtriser ses outils.”
Au fait, quel LLM utilises-tu ?
Amusement.



